PIERRE
Le travail d’Alexandre Valette est avant tout centré sur un questionnement : celui qu’occupe la place de l’Homme dans la Nature. Avec la série Pierre, il poursuit sa recherche sur les monolithes et les éolithes – pierres naturelles préhistoriques ayant l’apparence d’un objet taillé par l’homme.
Il s’intéresse à la densité historique contenue dans ces œuvres minérales : des millénaires ont passé pour leur donner une forme, une texture, une couleur ; ces mots qui constituent l’essence même de la peinture.
Dans cette remontée du temps propre à sa formation d’historien, c’est naturellement qu’Alexandre Valette oriente ses recherches vers les premiers lieux sacrés formés d’ensembles mégalithiques comme Stonehenge ou Carnac. Dans sa peinture, l’objet minéral sert aussi bien d’élément rythmique que signifiant. Il est parfois découpé par le cadre de l’œuvre, d’autres fois en son centre comme une idole, sur fond écarlate ou bleu électrique. Des fonds chimiques, symbolisant le danger des altérations humaines sur la nature, tout en servant de révélateur à la complexité des pierres.
Pour mettre en valeur cette interaction, l’artiste construit des ensembles panoramiques ; des châssis parfois disproportionnés par rapport aux formats traditionnellement commercialisés. Il s’intéresse aussi aux polyptyques ; des petits panneaux mis côte à côte comme des vignettes de bandes dessinées. Le spectateur est ainsi amené à poursuivre l’œuvre au-delà du cadre.
« Je suis sensible à l’incomplétude, à l’indéfini, à quelques-unes de ces notions intrinsèques au Wabi Sabi. J’aime magnifier l’étrange beauté des sales petites choses qui passent inaperçues. J’ai le sentiment qu’en leur donnant de la visibilité, on leur accorde une histoire et par ce fait, une forme de respect ».
Alexandre Valette invite ainsi à poser sur ces « choses » oubliées un regard nouveau par le contexte dont il les entoure. S’inspirant de l’économie de moyen et de la pureté propre aux arts asiatiques, ses œuvres n’en acquièrent que plus de force.
Aitor Gosende
pour l’exposition Pierre à la Galerie Gauchet
Mai 2020