MEDITATION
« Comment donner du sens à ce qui est réduit au minimum ? » Cette réflexion qui tourne en boucle dans la tête d’Alexandre Valette l’a poussé, au fil de ses collections, à épurer ce qui compose sa peinture : de la forme à la couleur, de la composition à la perspective.
Dans sa série intitulée Méditation, il se passe de tout sujet, de toute idée narrative pour se concentrer sur la lumière et l’idée du vide. Une remise en question sur l’interaction entre art et individu et une prise de conscience face aux enjeux majeurs et aux défis actuels pour revenir à l’équilibre personnel et la perception du soi.
Tout commence par la seule forme identifiable: le cadre répond ici à sa recherche; une couleur unique se dessine, déclinée en un spectre coloré par transparence. Le tableau s’anime. Une seule perspective en émane. Chaque élément se pare d’une complexité sensible: la forme floue et incertaine est composée par ce sfumato cher au jeune peintre. La lumière est double, triple.... vive et douce, naturelle et artificielle tel un halo vibratoire dont elle se fait écho. Les couleurs sont innombrables tout en fusionnant en une seule chromie. La perspective est à la fois frontale et indéfinie mais résolument tournée vers l’infini. L’œuvre devient inspiration mais aussi aspiration.
La sensation d’être attiré et absorbé par la lumière centrale, ce phénomène nous embarque sans point d’attache auquel se raccrocher.
Au-delà des caractéristiques techniques, ses tableaux traduisent les recherches de l’artiste, de la quête du vide à celle du sens, de tous les sens. Fort inspiré par Lao Tseu et les écrits taoïstes, ses Méditations sont un appel à la lenteur, l’introspection et la réflexion. Ce sont aussi de belles invitations à la découverte des univers propres à chacun et chacune, une intériorité nécessaire pour mieux saisir et vivre ce qui se passe à l’extérieur. « Plus on va loin, moins on apprend. » LaoTseu.
Avec cette nouvelle approche, le peintre suggère à celui qui regarde de se mettre complètement en état de silence. Se mettre en pause et voyager au gré de ses émotions et de ses sensations.
Il donne à voir sans rien raconter ni imposer. Il propose un espace de méditation - plus qu’un objet iconique ou une vision - offrant ainsi des conditions optimales pour une expérience physique et psychique. Il nous suggère de nous arrêter, de prendre conscience du moment présent. Dans la frénésie du quotidien, les peintures d’Alexandre Valette sont des respirations apaisantes, des bouffées d’oxygène, des fenêtres béantes sur un ailleurs. Elles évoquent une forme de vide, un espace-temps particulier à apprivoiser et s’approprier.
Le tableau devient enfin cette « fenêtre ouverte sur le monde » dont parlait Vasari, source de réflexion infinie pour l’artiste. C’est la « première fois qu’il arrive à donner forme à cette pensée source ».
Texte de Chantal Dusserre-Bresson
pour l’exposition Carte Blanche à la galerie NAG
Février 2022